La foi
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(17) Le chemin de la foi est le seul bon et sûr. C’est par lui que doivent marcher les âmes qui veulent avancer dans la vertu, fermant les yeux à tout ce qui est des sens, ou de l’esprit propre, si éclairé qu’il soit.
(18) Quand les inspirations viennent de Dieu, elles sont toujours réglées par des motifs tirés de la loi de Dieu et de la foi, et c’est par la perfection de la foi que l’âme va s’approchant toujours davantage de Dieu.
(19) L’âme qui s’attache fidèlement aux lumières et aux vérités de la foi, marche sûrement sans danger d’erreur. Car on peut tenir pour règle ordinaire, qu’une âme ne s’égare qu’en suivant ses inclinations, ses goûts, ses raisonnements et ses idées propres, qui la font pécher presque toujours ou par excès ou par défaut, l’inclinant vers ce qui ne convient point au service de Dieu.
(20) Avec la foi, l’âme chemine sans avoir à craindre le démon, son plus fort et son plus astucieux ennemi. Aussi saint Pierre ne trouvait pas de plus puissant secours contre le démon, et disait aux fidèles : Résistez-lui par la fermeté de votre foi.
(21) Pour qu’une âme approche de Dieu et s’unisse à lui, il vaut mieux qu’elle marche sans comprendre qu’en comprenant, et dans un oubli total des créatures ; échangeant ce qu’il y a de compréhensible et de variable dans les créatures, contre l’immuable et l’incompréhensible qui est Dieu même.
(22) La lumière nous est utile en ce monde visible, pour nous empêcher de tomber. Mais dans les choses de Dieu, tout au contraire, mieux vaut ne pas voir ; et l’âme y trouve plus de sécurité.
(23) Comme il est certain que, dans cette vie, nous connaissons Dieu plutôt par ce qu’il n’est pas que parce qu’il est, l’âme doit, pour aller à lui, marcher en rejetant toute perception, naturelle et surnaturelle, autant que cela lui est possible.
(24) Toute perception et intelligence des choses surnaturelles ne saurait nous aider autant, pour croître dans l’amour divin, que le moindre acte de foi vive et d’espérance en Dieu, complètement dénué de toute lumière.
(25) De même que, suivant les lois de la génération naturelle, aucun être ne saurait prendre une forme nouvelle, sans perdre celle qu’il avait auparavant, de même il faut que la vie animale et la vie des sens soient détruites en l’âme, pour y donner place à la pure vie de l’esprit.
(26) Ne cherchez pas la présence des créatures, si vous voulez conserver clairs et purs les traits de la Face divine en votre âme. Mais dégagez et videz votre esprit de tout objet créé. Ainsi vous marcherez parmi les lumières de Dieu, qui ne ressemble pas à la créature.
(27) La foi est le plus sûr refuge d’une âme ; et l’Esprit-Saint lui-même est alors sa lumière. Car plus une âme est pure et riche des perfections d’une foi vive, plus elle possède abondamment la charité infuse de Dieu, plus elle reçoit de lumières et de dons surnaturels.
(28) Une des faveurs les plus insignes que le Seigneur fasse à une âme durant cette vie, — encore n’est-elle pas durable, mais passagère, — c’est de lui accorder une connaissance si claire et un sentiment si relevé de sa divinité, qu’elle comprenne et voie d’une vue très nette qu’il lui est impossible d’en avoir pleinement ici-bas la connaissance et le sentiment.
(29) Quand une âme s’appuie sur sa propre science, ou sur ses goûts et ses sentiments, pour aller à Dieu, ne voyant pas que de pareils moyens sont sans valeur et sans proportion avec un tel but, elle s’égare facilement, ou s’arrête en chemin, faute de s’attacher aveuglément à la seule foi, qui est son vrai guide.
(30) C’est une chose surprenante que ce qui se passe de nos jours. Quand une âme a pour moins de quatre deniers de considération des choses divines, et qu’elle entend en elle-même le son de quelque parole intérieure, dans un moment de recueillement, elle tient aussitôt cela pour quelque chose de sacré et de divin ; et sans en douter le moins du monde : « Dieu, dit-elle, m’a dit, « Dieu m’a répondu ». Or, cela n’est pas vrai ; et c’est elle-même qui se parle et qui se répond, par l’effet même de son désir.
(31) Celui qui voudrait, de nos jours, demander à Dieu d’obtenir quelque vision ou révélation ferait, ce me semble, outrage au Seigneur, ne jetant pas uniquement les yeux sur son Christ. Et Dieu aurait droit de lui répondre : « Voici que vous avez mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Écoutez-le, et ne cherchez pas de nouveaux modes d’enseignement ; car en lui et par lui je vous ai dit et révélé tout ce que vous pouvez désirer et me demander ; vous le donnant pour frère, pour maître, pour ami, pour rançon et pour récompense. »
(32) Nous devons en tout nous guider par la doctrine de Jésus-Christ et de son Église, y cherchant le remède à nos ignorances et à nos faiblesses spirituelles ; car c’est là, en effet, que nous trouverons pour tous nos maux un remède sûr et toujours présent. Celui qui s’écarterait de cette voie, serait non seulement coupable de vaine curiosité, mais d’une témérité insupportable.
(33) Il ne faut rien croire ni agréer par communication surnaturelle, que ce qui est d’accord avec la doctrine de Jésus-Christ et la parole de ses ministres.
(34) L’âme qui veut avoir des révélations pèche au moins véniellement ; et ceux qui la poussent à ce désir ou qui y consentent pèchent de même, bien que ce soit pour une bonne fin, parce qu’il n’y a en tout cela aucune nécessité : la raison naturelle et la doctrine de l’Évangile suffisant pour nous diriger en toute chose.
(35) L’âme qui désire des révélations diminue d’autant la perfection qu’elle avait acquise en ne se guidant que par la foi ; et elle ouvre ainsi la porte au démon, lui permettant de venir la tromper par d’autres révélations toutes semblables, qu’il sait déguiser à merveille et faire paraître également bonnes.
(36) Toute la sagesse des saints consiste à savoir diriger fortement leur volonté vers Dieu, accomplissant avec perfection sa sainte loi et ses divins conseils.
