Dans la Tradition
Saint Pierre dâAlcantara, extrait de la lettre Ă sainte TĂ©rĂšse dâAvila : “… jâai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© dâapprendre, que votre zĂšle, et votre piĂ©tĂ© mette au jugement des hommes savants, ce qui nâest pas de leur facultĂ© ; sâil sâagissait dâun point de droit ou dâun cas de conscience, je crois quâil serait bon de prendre conseil des jurisconsultes, et des thĂ©ologiens : mais lorsquâil est question de rĂ©soudre sur ce qui regarde la perfection de la vie, il nây a que ceux qui y sont avancĂ©s, et qui la pratiquent, qui aient la capacitĂ© de donner sur ce sujet des conseils salutaires; parce que dâordinaire il nây a que ceux qui font parfaitement le bien, qui puissent en faire part Ă ceux qui veulent comme eux entrer dans la perfection, et dans le chemin de lâĂvangile.
Il ne faut point demander sâil est bon de les suivre ou non, et si lâon les peut observer, ce serait une espĂšce dâinfidĂ©litĂ©; et les Conseils de Dieu seront toujours infailliblement bons. Il nây a que les incrĂ©dules, ou ceux qui nâont pas confiance en Dieu, ou qui se gouvernent seulement par la prudence humaine, qui les peuvent trouver difficiles; parce que si sa divine Providence donne le conseil, elle donnera bien le moyen de lâaccomplir.
Si votre zĂšle et votre ferveur vous portent Ă suivre les Conseils de JĂ©sus-Christ, observĂ©s-les avec la plus grande perfection qui vous sera possible; puisquâils ont Ă©tĂ© donnĂ©s Ă©galement aux hommes et aux femmes, et vous en aurez le mĂȘme mĂ©rite, et la mĂȘme rĂ©compense quâont remportĂ© ceux qui les ont observĂ©s…
Si je croyais autre chose dĂ©terminĂ©ment, je ne me tiendrais pas assurĂ© en la foi ; mais je suis persuadĂ© entiĂšrement de ces vĂ©ritĂ©s, que JĂ©sus-Christ nous a enseignĂ©es, et quâelles sont excellentes ; car que peut-il venir de Dieu qui ne soit parfait ? Et quoique ses Conseils nâobligent point Ă pĂ©chĂ©, toutefois ils conduisent lâhomme Ă une plus grande perfection, et le porte Ă y aspirer toujours, et Ă y parvenir; je tiens pour bienheureux, comme dit JĂ©sus-Christ, les pauvres dâesprit, câest-Ă -dire qui le font de volontĂ©, et je lâai moi-mĂȘme Ă©prouvĂ© : mais je crois encore plus Ă la parole de Dieu quâĂ mon expĂ©rience, et je sais bien, que ceux qui de tout leur coeur ont embrassĂ© la pauvretĂ©, vivent par la grĂące du Seigneur, dâune vie tout Ă fait heureuse, se confiant, et espĂ©rant entiĂšrement en Lui.
Je prie Dieu quâil vous donne les lumiĂšres pour entendre ; et pour pratiquer ces vĂ©ritĂ©s : il ne faut point croire ceux qui diront le contraire faute de lumiĂšre, ou par incrĂ©dulitĂ©, ou pour nâavoir pas goĂ»tĂ© combien le Seigneur est doux et aimable Ă ceux qui le craignent, qui lâaiment, et qui renoncent pour son amour Ă toutes les choses du monde; lesquelles ne sont point nĂ©cessaires Ă une Ăąme qui se contente de Dieu, et qui ne veut possĂ©der que Lui; parce quâils sont ennemis de la Croix de JĂ©sus-Christ, et ne connaissent pas la gloire de ceux qui lâont portĂ©e, et les avantages qui lâaccompagnent, car encore que les autres se sauvent communĂ©ment, sâils gardent ce quâils doivent avec fidĂ©litĂ©, ils nâont pas plus de lumiĂšre quâil en faut, pour faire ce quâils font: le Conseil de JĂ©sus-Christ est toujours plus Saint que celui des hommes, il sait ce quâil conseille, il donne la grĂące pour lâaccomplir, et rĂ©compense parfaitement bien, ceux qui se confient en lui, plutĂŽt quâaux biens de la terre.” 1
De Favuel 1670, pp. 88-93. ↩︎