Chap. 6 - Du ministre de ce sacrement, et de l’Absolution
A l’Ă©gard du ministre de ce sacrement, le saint Concile dĂ©clare fausses et entiĂšrement Ă©loignĂ©es de la vĂ©ritĂ© de l’Ăvangile, toutes doctrines qui, par une erreur pernicieuse, Ă©tendent gĂ©nĂ©ralement Ă tous les hommes le ministĂšre des clefs qui n’appartient qu’aux Ă©vĂȘques et aux prĂȘtres; supposant, contrairement Ă l’institution de ce sacrement, que ces paroles de notre Seigneur : Tout ce que vous aurez liĂ© sur la terre sera liĂ© dans le ciel, et tout ce que vous aurez dĂ©liĂ© sur la terre sera dĂ©liĂ© dans le ciel; et ces autres : Les pĂ©chĂ©s seront remis Ă ceux Ă qui vous les remettrez, et ils seront retenus Ă ceux Ă qui vous les retiendrez, ont Ă©tĂ© si indiffĂ©remment et si indistinctement adressĂ©es Ă tous les fidĂšles, que chacun a la puissance de remettre les pĂ©chĂ©s, les publics par la correction, si celui qui est repris acquiesce, et les pĂ©chĂ©s secrets par la confession volontaire Ă qui que ce soit.
Le saint Concile dĂ©clare aussi que les prĂȘtres qui sont en pĂ©chĂ© mortel ne laissent pas, par la vertu du Saint-Esprit qu’ils ont reçue dans l’ordination, de remettre les pĂ©chĂ©s, en qualitĂ© de ministres de JĂ©sus-Christ, et que ceux-lĂ pensent mal qui soutiennent que les mauvais prĂȘtres perdent cette puissance.
Or, quoique lâAbsolution du prĂȘtre soit une dispensation du bienfait d’autrui, toutefois ce n’est pas un simple ministĂšre, ou d’annoncer l’Ăvangile, ou de dĂ©clarer que les pĂ©chĂ©s sont remis; mais une sorte dâacte judiciaire par lequel le prĂȘtre, comme juge, prononce la sentence; et ainsi le pĂ©nitent ne doit pas tellement se reposer sur sa foi, qu’il pense, que mĂȘme sans contrition de sa part, et sans intention de la part du prĂȘtre d’agir sĂ©rieusement et de l’absoudre vĂ©ritablement, il soit nĂ©anmoins, par sa seule foi, vĂ©ritablement absous devant Dieu; car la foi sans la pĂ©nitence ne produirait point la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s; et celui-lĂ ne ferait que se montrer trĂšs-nĂ©gligent de son salut, qui s’apercevant qu’un prĂȘtre ne l’absout que par jeu, n’en rechercherait pas un autre qui agĂźt sĂ©rieusement.